Les habitués du Zinc.
On nous le répète bien assez souvent dans la bouche de M. Pernaud, lors de son allocution quotidienne : la France perd ses petits commerces !
Si ceci est à nuancer (car beaucoup de petits commerces se créent), le phénomène touche surtout les "vieux" commerces, comme les épiceries et les bars - troquets - estaminets, bistrots. Bref des lieux de socialisation immémoriaux ou presque. Le "Café de la gare" a survécu dans tel village quelques années au dernier passage d'un train, mais doit aujourd'hui mettre la clé sous la porte. Alors on fait des rempotages sur le dernier bar de village de tel arrondissement rural, ou la reprise de tel autre par un jeune courageux... Autant de sujets qui fleurent bon la France profonde chère à nos âmes poètes.
Quand je vous disais que le nombre de petits commerces augmente, c'est vrai (puisque c'est un chiffre de l'INSEE...), mais on parlera plutôt de magasins de fringues (à peu près tout ce qui continue à s'ouvrir en ville avec les opticiens et les agences bancaires) et les coiffeurs. Eh oui ! Chaque village ou presque a son coiffeur !
Mais nos établissements fast-food sont en train de devenir ces nouveaux lieux de socialisation. Surtout lorsqu'il sont ouvert le matin. Alors arrivent des habitués qui sont là vraiment tous les jours. Ils prennent un café, s'installent à une table (souvent la même) et lisent le journal. Parfois ils y rencontrent des amis (même si en fait c'est assez rare). On discute souvent avec eux (si on a le temps) et puis voilà...
C'est un phénomène assez répandu et surtout dans les centres villes. Je travaille dans un établissement pour cela un peu excentré. Mais quand je rends visite à ma collègue du centre-ville, le restaurant est plein de ces habitués matinaux. Ils sont souvent d'origine maghrébine d'ailleurs, cela doit tenir au fait que nous ne servons pas d'alcool. La plupart ont en tout cas un petit mot chaleureux pour vous un "Bonjour chef ! Comment cela va aujourd'hui ?" ET de temps à autre nous leur offrons la consommation. De tels habitués, il faut les choyer, non ?
Il y avait "Mme Sucré" (voilà que je fais comme Jess), qui venait tous les matins, alors qu'elle était en congé parental, manger son petit déjeuner avec ses pancakes. Si bien que nous l'avons appelée ainsi. Pendant deux ans elle venait pour ainsi dire tous les jours. A force, on voit les enfants grandir et une certaine familiarité s'est installée. Elle nous a fait le plus beau cadeau, à mon ex-épouse et à moi, de venir à l'enterrement de notre fille. C'était la touche sucrée de la journée.
Et les plus bourrus cessent de se renfrogner. Il y a ce monsieur qui vient chaque jour avec son chien, un gentil batard qui admire le monde de ses yeux humides, qui ne jappe jamais. Le maitre a une tronche peu recommandable, dont on se demande si elle sait sourire. A le voir, on devine qu'il a une vie difficile, sinon plus. Mais a force on établit le contact, et puis le sourire nait. Après tout, nous sommes tous pareils, non ? Humains...
Et le cliché des dames d'un certain âge (et même d'un âge certain) qui viennent prendre leur café et une pâtisserie (Kaffee Kranzle en Alsace) : c'est vrai ! Elles viennent là comme au salon de thé, souvent après une petite balade en ville ou le long de la rivière toute proche. Et c'est très valorisant pour ceux qui les servent, car elles sont souvent d'une exquise politesse, un peu surannée. Et du "Mademoiselle", et du "Monsieur s'il vous plait serait-il possible de...". Bref, les Mamies au fast-food, c'est kiffant !