Il était une cucurbitacée...
Nous le savons tous, et selon l'adage, les goûts et les couleurs ne se discutent pas... On peut avoir une passion irréfrénée pour le Camembert de Normandie ou pour les moules au ketchup, on n'y peut finalement pas grand chose.
On dit parfois que nous sommes influencés par les choses mangées par notre maman alors que nous squattions son ventre avec béatitude. Cela peut expliquer qu'une cousine ait des envies de salami alors que sa maman s'en enfilait durant sa grossesse. Sauf que c'"était avant tout une envie de femme enceinte et que la maman ne peut plus voir, depuis lors, de salami, autrement qu'en peinture. Mais n'étant pas fan de natures mortes, elles évite juste le rayon quand elle fait ses courses. Sa fille, quant à elle, est restée fan. Allez comprendre.
Dans le grand univers fast-foodien, il est un ingrédient hautement stratégique qui partage les foules plus qu'un débat sur les retraites : le cornichon.
Il faut vous dire que l'opinion majoritaire est représentée par ce groupe FB. Le cornichon, aussi loin que je me souvienne, m'a personnellement toujours importuné. Quand j'étais gamin, je m'évertuais à chaque fois à l'enlever de mon hamburger.
Certains malins demandent directement un "spé" (ou un "grill", ou un "space" selon les restaurants) : un "sans corni". Cela aussi pour être sûr d'avoir un sandwich fait à la commande mais il y a des gens qui refusent même l'idée du contact avec cet ingrédient.
Il faut dire qu'il ne ressemble pas beaucoup à la cucurbitacée que nous trouvons en quantité dans nos traditionnels "jambon-beurre" : celui dont nous parlons est coupé perpendiculairement à son axe le plus long. Ce qui fait que l'on se retrouve avec des tranches en forme de disque qui heurtent notre côté franchouillard. Hé oui, chez nous, le cornichon est coupé en long.
Faut-il voir là l'origine de l'aversion quasi généralisée envers le cornichon fast-foodien ? En tous les cas, j'ai été fort surpris par la plainte de l'un de mes clients l'autre jour.
Celui-ci vient vers moi, au comptoir, tenant à la main un hamburger aux trois-quarts dévorés. "Que se passe t-il ?" me demande-je in petto avant de formuler la question à voix haute.
"J'ai pas eu mon cornichon !" me fait-il en colère.
Comme je vous l'ai dit, les gouts et les couleurs ne se discutant pas, et malgré ma perplexité, je lui ai tendu, sans un mot, un nouvel hamburger. Et oui, l'autre n'étant pas complet, il ne répondait pas aux normes qui font que l'on demande 1 € en le vendant. 1 € tout compris, même le cornichon. Que tout le monde déteste.