Mise en bouche


Imaginez,

Vous avez faim. Une faim de loup, avec tous ses symptômes : estomac qui grince, qui gargouille, qui glougloutte, qui fait mal. Les acides se mettent en oeuvre mais n'ont rien à dissoudre ! Qu'importe, cela va aller vite. Vous allez manger vite. Parce que vous avez faim, justement, et vous n'avez pas vraiment le temps !

 Et ca ne change pas avec les jours. Que l'on soit lundi, et vous devez aller vite vite manger pour retourner en cours (la sémillante prof de math ne tolère pas les retards, pas plus que l'obtus prof de français) ou aller au turbin. C'est un fait : nous mangeons de plus en plus souvent à l'extérieur et prenons de moins en moins de temps pour le faire ! Et si on est samedi, ça ne change pas grand chose : vous vous êtes levé un peu tard,; et puis après il y a le cinoche, ou l'après-midi courses, ou bien l'inverse, ou bien tout autre chose : les cours de judo, de guitare, d'équitation, ou tout simplement le farniente qui ne saurait attendre.

 Vous vous dirigez donc vers votre fast-food préféré. OU bien celui qui vous offre ses portes pas trop loin de là où vous vouliez aller... C'est ce qu'il y a de bien avec les fast-food, en général : ils sont partout ! Et partout on trouvera les mêmes produits pour à peu près le même prix. Une nourriture standardisée, servie par des gens plus ou moins standardisés dont on aime plus ou moins gentiment se moquer. ("Sur plaace ouuou ààà empooorter ?"). Pas besoin de trop de réflexion. Au bout d'un temps on sait ce qu'on veut et en plus on apprend l'anglais !

 Pas d'"espérance de poussin" (omelette) ou de "prince des mers dans sa sauce des fruits de la Provence" (sardine à l'huile d'olive) ici. Pas de noms tarabiscotés qui veulent dire tout et son contraire.
Mais il y a des GrosMac, des Kik Toastés... Des trucs dont on sait ce que c'est !
On est juste un peu décu la première fois parce que la photo sur le menu board est avantageuse, mais après tout c'est comme les mannequins qui sont photoshopés dans les revues en papier glacé. 

 Donc, sûrs de savoir ce que vous allez manger, vous poussez les portes. Et vous vous dirigez vers le comptoir, vaste, lumineux, accueillant, derrière lequel quatre serveuses accortes et deux caissiers beaux comme des Dieux vous attendent, sourire aux lèvres. Vous êtes LE client ! Celui par qui l'entreprise vit et donc celui qui paie les salaires (indirectement), de tout ce petit monde qui va être aux petits soins pour vous.

 La réalité ne correspond pas trop à çà ? Oui, c'est possible, et même certain. Les sourires sont soit stéréotypés soit inexistants ? Peut-être. Le comptoir large et accueillant est souvent occupé par toute une foule disparate et bruyante ? Oui, sans aucun doute. Le produit ne correspond pas à votre commande ? certainement. Et vous dénoncez la gabegie de ces lieux, sont anti pensée environnementale ? Vous avez raison, cent fois raisons. Mais avant de continuer, prenez un miroir.
A défaut, ce blog est fait pour vous et, quelque part, par vous.

 Bienvenue dans le monde de la "mal-bouffe". Côté clients, comme vous ne l'avez jamais vu. Ou, plutôt, comment vous n'avez jamais pu le voir.