Un peu d'histoire rapide (fast-history)

Publié le par Ronuick

On voit dans le fast-food un reflet de notre époque moderne, faite de rapidité, de sentiment d'urgence permanent, de raréfaction des liens sociaux (Facebook n'étant en soi qu'un succédané des cafés d'antan). Bref, le fast-food est le symptôme d'une société moderne, avec ses maux.

Sans remonter à Pompéi (où l'on trouve les ruines de tavernes ou l'on emportait son repas), on peut faire remonter l'origine du fast-food assez loin dans le temps.

Vous mangez sans doute de temps à autre des pizzas, non ?

Symbole de la mondialisation à l'italienne, la pizza est typiquement napolitaine.

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Naples vue depuis la Certosa di San Martino (Ronuick).

 

Ce que les Italiens refusent d'admettre d'ailleurs depuis que c'est devenu un plat populaire (comme les pâtes d'ailleurs). Oui, les Italiens du Nord n'avait que du mépris pour le royaume de Naples et ses spécialités culinaires, jusqu'à ce que les pâtes et la pizza, exportées par les immigrants ( à qui les Nordistes avaient volé les terres et réduits à la pauvreté) aux 4 coins du monde.

 

Passons sur la gloire de la réunification de l'Italie...Et revenons en à la pizza, plat typiquement populaire (comme la tarte flambée en Alsace d'ailleurs, devenue "in" il y a quelques années)qui date non pas de Pizza Hutte, mais du 16ème siècle !

Évidemment, à cette époque, elle n'était pas à la sauce tomate, puisque la solenacée nommée là bas "pomme d'or" est originaire d'Amérique et a mis un certain temps à venir en Europe.

Mais la margarita a été inventée en l'honneur de la reine Marguerite de Savoie, souveraine de la toute jeune Italie réunifiée en visite à Naples. On associa le rouge de la tomate, le blanc de la mozzarella (de bufflone, SVP) et le vert du basilic pour former les trois couleurs du nouveau drapeau italien (inspiré, comme chacun le sait à part les Italiens, par le tricolore français). C'était en juin 1889. C'est récent, oui, mais vous n'étiez pas encore né (ou alors vous me dites comment vous faites).

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Chez Di Matteo, dans la rue du Tribunal 'Spaccanapoli) : une adresse si courue (même par les Grands de ce monde, comme Clinton, Bill, au G7) qu'il faut patienter dans la rue qu'une place se libère. Vous donnez votre nom et le serveur vous appelle en gueulant au bout d'un quart d'heure ou une demi-heure...(Ronuick)

 

A noter qu'une (vraie et bonne) pizza est un aliment complet : des féculents, des protéines, des lipides et de la tomate connue pour ses propriétés anti-oxydantes... C'est moins vrai avec les trucs surgelés pleins d'huile de palme...

Quant au sandwich : il doit son nom à Lord... Sandwich, 4ème du nom (John Montagu 1718-1792) qui avait le poste d'amiral de la flotte britannique.

Ce qui, vous en conviendrez, est un poste d'une certaine importance dans une île dont les habitants juraient de dominer les mers. C'était un peu avant le "Rule Britannia" mais à l'époque, la Royal Navy ne se défendait pas si mal que cela (mis à part quelles bonnes défaites - et donc quelques victoires de notre côté - contre les Froggies durant la guerre d'Indépendance étasunienne).

Ce grand monsieur avait donc comme habitude de travailler fort tard sur ses cartes, ses stratégies et ses messages. Il demandait donc à ses domestiques de lui préparer un repas en garnissant deux tranches de pain de crudités, de viandes, bref, d'en faire un repas simple à avaler mais consistant tout de même.

Certains mauvaises langues diront que le Lord faisait cela pour ne pas quitter sa table de jeu. Ca donne un côté plus sympathique du personnage mais ca manque un peu de panache je trouve.

En l'honneur de ce monsieur, on trouve donc des sandwiches partout dans le monde mais ses chères cartes ne l'ont pas oublié, puisqu'il existe des îles Sandwich du Sud (près de l'Antarctique et de l'Argentine). Et celles du Nord ? Ce serait logique qu'il y en ait, non ? Elles ont été baptisées ainsi par le capitaine Cook qui y fut cuisiné (cooked) par les indigènes et dévoré. Elles sont devenues depuis les îles Hawaï et le 50 état des USA en 1959.

Et le hamburger ? Rien avoir avec "ham" le jambon, mais oui, vous avez deviné, cela nous vient de la ville-état de Hambourg, en Allemagne du Nord. Ce port, fort important encore de nos jours, a une longue histoire : membre de la Hanse moyenageuse, puis point de départ naturel des navires d'émigrants allemands (c'est l'un des seuls ports allemands sur la mer du Nord) mais aussi d'Europe Centrale, ses navires ont emmené plusieurs millions d'hommes, de femmes et d'enfants en Amérique en quete d'une vie meilleure.

Et ses marins ont amené dans leur bagages la recette du sandwich "à la mode de Hamburg" à la viande hachée.

Aujourd'hui, dans notre déplorable paresse, nous disons simplement "burger", ce qui veut dire "bourgeois"... Ou alors "Hamb", ce qui ne veut rien dire du tout !

Restait à organiser un peu le marché, hein !

Puisque le fast-food est une chose désormais ancrée dans les moeurs, il faut faire des osus avec. En clair : concentrer, rationnaliser.

C'est ce que fait Ray Krok, vendeur de machines à milkshake dans les années 50. Il rachètent la franchise des frères McDonald et développe le concept. On connait la suite : en 1979 les arches dorées débarquent en France, à Strasbourg. (L'histoire ne dit pas ce qu'on pensé les frères McDo de tout çà !)

Et d'ailleurs, pourquoi Strasbourg et pas Paris ? 1979, c'est une année européénne : pour la première fois, le Parlement Européén est élu au suffrage universel. Et Starsbourg, proclamée "Capitale de l'Europe" (ca en fait rire certains) attire donc les regards de l'entreprise multinationale. Le restaurant suivant sera bâti à St-Etienne, qui brille encore des exploits des "Verts". Paris attendra un peu...

Et puis quelques années plus tard, un challenger vient s'sinstaller, avec des recettes différentes, avec un nom anglicisé qui l'ancre dans la culture fast-food : Quick. Mais qui se compare toujours au géant étasunien : "Quality Hamburger Restaurant" est sa marque et "Nous, c'est le goût" son slogan. Autrement dit : chez les autres c'est de la m....

Et en France, contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est le sandwich (jambon-beurre) qui est le plus vendu, bien avant le BigMaque ! Et qu'un bon sandwich est parfois plus équilibré qu'une salade qui, bien que grasse (avec la sauce) ne donne pas d'impression de satiété et induira l'envie de grignoter un peu plus tard.

Revenons en à Pompei (à visiter si vous êtes dans le coin, mais attendez vous à marcher longtemps, c'est vraiment une grande ville qui a été conservée, pas un petit quartier !).

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Un des fast-foods de Pompeï dans la voie dite de l'Abondance.

 

Moi, je me demande si les clients des tavernes étaient déjà aussi spéciaux que ceux que nous avons tous les jours dans nos fast-foods actuels. Certainement. D'ailleurs, j'ai une hypothèse assez osée. Un latin industrieux, Raicrocus, doué d'esprit d'entreprise, chercha à utiliser l'agressivité naturelle de certains clients. Il créa donc une petite troupe chargée de les arrêter au moindre esclandre puis de les envoyer dans un établissement de son cru, où l'on exacerbait cette agressivité.

 

Ils en ressortaient gladiateurs.

 

Au fait, comment dit-on "sur place ou à emporter", en latin ?

Publié dans Société

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Madwolf 09/08/2010 01:03



à emporter : En italien moderne : " da portare via". Je dirais "illo deducere" ou "illo portare".



Madwolf 09/08/2010 00:50



Très bel article.


J'aurais eu presque tout bon sur le QCM...


Mais il manque le troisième larron : Burger King et son Whopper (j'avais une petite préférence pour lui dans ma jeunesse).


Pour l'immigration italienne, les grands proprietaires du Sud n'ont pas eu besoin des nordistes, ils avaient les mêmes défauts. Je suis originaire du Nord, et je ne connais pas de famille dont
des membres ne sont pas partis aux amériques, en angleterre, en France, en Allemagne, ...


PS : "C'était en juin 1889, vers 1870" Là,  Je n'ai pas compris



Ronuick 09/08/2010 06:37



Ah, je connais pas trop Burger King... Pour la faute 1889/1870, c'est réparé, j'avais oublié d'enlever 1870 (j'avais trouvé les précisions voulues entretemps).


 


 J'ai moi même une tante italienne dont les parents viennent du Piémont, donc au Nord. Mais il est vrai que la réunification de l'Italie a d'abord concerné le Nord très morcelé (Milan,
Vénétie, Toscane, Gênes...) et qu'à cette époque le Sud de l'Italie était "unifié" en un Royaume des Deux-Siciles, relativement florrissant après son indépendance du Royaume d'Espagne. En
témoignent les anciens édifices de Naples, l'ancien palais royal des Bourbons à Caserte... La réunification a déchu Naples de son rang de capitale, ce que les Napolitains ont modérément apprécié.


Ceci dit, la magnificence des édifices nobles et bourgeois ne doit pas faire cacher l'exploitation de la population du Sud ! C'était un système similaire à celui que nous avions à la même époque
en France et ailleurs en Europe : de grands propriétaires, alliés au pouvoir. A ce sujet, certains disent que la maffia était à l'origine une forme de protection contre l'oppression des
gouvernants. Les choses ont un peu évolué depuis !


 



Eric G. Delfosse (Eric Pomme) 08/08/2010 14:48



"Sur place", on pourrait le traduire par "hic et nvnc", mais "à emporter", je sais pô... Ça fait quand même quelques siècles que je ne parle plus le latin, sauf pour certaines formules magiques,
alors, j'ai oublié pas mal de trucs...