Schizophrénie

Publié le par Ronuick

Nous le savons tous : les Français sont des contestataires. Ils adorent se confronter à tout ce qui leur apporte des contraintes. On se rebelle ainsi contre un Etat jugé policier, on fait la nique aux gendarmes, on se prévient quand on voit des radars sur la route, quand on ne passe pas tout simplement à l’action directe : on tagge les dits-radars (les fixes, parce que les mobiles c’est suicidaire) et on les rend aveugles à tous nos écarts de conduite.

 

 Nous sommes un peuple de râleurs irréductibles. Apparemment, ça date d’il y a longtemps, car une grande fresque dessinée nous dépeint ainsi lors de la conquête romaine qui, comme chacun sait, avait épargné un petit bout d’Armorique.

 

 Nous aimons par-dessus tout la justice sociale. Nous descendons dans la rue pour protéger les droits des travailleurs, les privilèges de certains (nous avons parfois oublié la nuit du 4 août !), et les contestations de tous. Et, surtout, surtout, nous voulons lutter contre toute forme d’exploitation !

 

 Et c’est là que le bât blesse, car en la matière nous sommes tous plus ou moins schizophrènes. Ainsi, nous sommes en majorité favorable à l’ouverture des magasins le dimanche. C’est vrai, c’est pratique, ça fait une sortie en famille ( Merci la société d’hypersconsommation ! ), et ça permet de remplir le chariot de supermarché parce que la semaine, ben, on travaille !

 C’est bien beau, mais cette même majorité ne veut justement pas travailler le dimanche. Parce que c’est un jour spécial, un jour familial… En clair : je veux être en congé et que d’autres personnes me servent.

 

 C’est pareil dans les fast-food. On est contre l’exploitation des travailleurs par ces grandes chaînes internationalisées, ce qui paraît normal, non ? Ben oui, ces pauvres gens sont sous-payés, ont des horaires de dingues (presque autant que les infirmières et aides-soignantes, c’est dire), des temps partiels, sont soumis à une pression de fou… Et en même temps, ces mêmes gens bien pensants et compatissants râlent quand on n’accède pas tout de suite à leurs désirs.

 

Exemple : en tant que manager, et donc employé, j’ai droit, comme tout un chacun, à ma pause. Dont je profite en général pour manger (surtout vers 13h30). Et donc, pour « garder une vue » sur le restaurant pendant ma pause, je m’installe en salle. Tout, dans mon attitude, montre que je suis en pause : je suis attablé, un sandwich dans la main que je porte à ma bouche. Et bien, croyez-le ou non, il y a dans 99% des cas un client qui vient vous demander quelque chose. Et quand vous dites « Ah, je suis désolé, je suis en pause, là ! », ils vous regardent comme si vous leur aviez manqué de respect !

 

 Ah ! Vous allez dire : « Mais va donc prendre ta pause en salle de repos, prévue à cet effet si tu ne veux pas être dérangé ! ». Soit. Et s’il fait beau, mmh ? On va rester enfermé même durant la pause ? Et si on est fumeur ? Donc on va sur la terrasse, où il y a un autre client qui vient vous demander, au choix :

 

  • Des serviettes (appelées également « mouchoirs »)
  • Des paillettes (pour rimer avec serviettes), certainement pour aller ensuite en boîte. En fait ce sont les pailles.
  • Du quetschupmayo !
  • Ou bien juste pour faire une remarque quelconque sur le service.

 

Et là, la clope dans la main, vous répondez que vous êtes en pause. Vous aurez beau être le plus poli, presque obséquieux, mais le client vous lancera toujours un regard glaçant. « Comment ? Vous n’êtes pas à mon service ? » lirez-vous dans ses pupilles dilatées. Et le soir même, le même gars ira taper rageusement sur son blog un article dénonçant l’exploitation des pauvres travailleurs français par l’impérialisme économique mondialisé.

 

Si si, je vous assure, c’est comme ça que ça se passe !

Publié dans Société

Commenter cet article

James 19/05/2010 01:11


Bonsoir (ou bonjour vu l'heure).
Je viens de lire une bonne partie du blog (environ 90%), et je dois admettre que je reconnais une énorme partie des clients de mon boulot. Je suis hotliner, et il n'y a pas à dire, quand on
travaille au contact (face à face ou à distance), on se rend compte que les gens.... il n'y en a pas beaucoup à sauver.
Je pourrais en faire un blog tout pareil tellement les anecdotes ne manquent pas.
Et à la lecture de votre blog, je suis fier de pouvoir dire que lorsque je vais au MacDo ou autre, je parle avec le sourire au serveur, je dis merci, je dis "au revoir", et je jette tout dans ma
poubelle chez moi quand c'est à emporter, et je trie même le tout.
Votre boulot est comme le mien, une usine des temps modernes, sans réelle reconnaissance.
Bonne continuation.


Ronuick 22/05/2010 09:09



Je réponds avec un peu de retard, désolé... Ce qu'il y a de bien dans notre "caste" de gens au service des autres, c'est que l'on s'identifie plus à celui qu'on a en face de nous. Et non, ce
n'est pas un robot... Je ferais moi-même gaffe en parlant aux hotliners (ma fréquence de mes appels doit dépendre des rayons cosmiques, c'est Denis Delbecq qui le dit dans "Le Temps" et sur son
blog "Effets de Terre")


Merci pour le témoignage.



anta 16/04/2010 17:42


C'est pas de la schizophrénie, c'est tout simplement un trait de comportement humain, social. dans toutes les expériences de psycho sociale, on constate que les gens se contredisent en permanence (
et personne n'echappe à cette apparente bétise ). Dire que le Mcdo c'est la merde, c'est s'inscrire dans une certaine mentalité bien vu pour certains milieux. L'acte d'aller manger chez mcdo tout
en pensant que c'est de la merde, c'est justifié par l'individu par le contexte qui selon lui, l'y oblige. en fait c'est peut être juste qu'il aime ça mais qu'il n'assume pas cette "tare" dans son
milieu qui se doit d'être anti mcdo ( être pro-mcdo, c'est subversif chez la clientèle). J'ai étudié le truc dans ma colonne à droite de mon blog " je kiffe Mcdo, pourquoi ?"


Ronuick 16/04/2010 18:36



Oui, le terme "schizophrénie" était choisi à dessein de choquer. Pour ceux qui lisent le commentaire, le lien pour le blog d'Anta c'est : "l'équipier polyvalent, les coulisses !" Mais c'est vrai
que c'est bien d'afficher son "anti-mcdisme".



anta 31/03/2010 09:46


La fausse pause des managers... Y a vraiment un probléme de ce coté là, quelque chose à repenser pour les managers, car jamais ils ne sont tranquilles, j'en ai vu plus d'un enchainer 8 à 10 heures
d'affilée sans se stopper une minute, parce que c'était le rush continu, et que lacher le terrain c'était s'attirer les foudres du patron... Là dessus, je pense que l'organisation est en partie
responsable de ce probléme, il faudrait un vrai remplaçant au manager en pause, afin que celui puisse être tranquille.