Prenez le temps de ralentir !

Publié le par Ronuick

 

Sur le rebord de ma fenêtre, je fais pousser un pin. Pinus nigra, ou pin noir tout ce qu’il y a de plus bête, acheté à l’état de graine dans un magasin d’une célèbre chaîne.  En fait de pin, c’est une plantule, une pinule même (je m’autorise le néologisme) : pas plus haut qu’un schtroumpf, celui ci pourrait l’utiliser comme hérisson pour nettoyer sa cheminée. Et encore, il ne pourrait en nettoyer que les tuyères d’évacuation, c’est à dire pas grand chose.

Jugez plutôt : depuis deux ans que sa graine a été plantée, la bête mesure 5 centimètres. Soit deux fois moins que la taille qu’on devrait en attendre. Mais ce n’est pas grave. Je suis patient. Un beau jour viendra où elle sera tellement grande, ma plante, que je n’aurais même pas besoin de descendre les volets roulants pour avoir un peu d’ombre. Ce qui fait bien rire mon amie mais qui, consciencieusement, chaque fois qu’elle vient, arrose la plantule.

 Pourquoi je vous parle de tout cela ? Parce que ce petit pin (qui deviendra grand, nourri d’espoir et de bons soins ) croit au rythme de la nature. Comme les arbres qu’on nous plante dans nos villes (avec trois étais chacun, donc trois arbres coupés pour le prix d’un, c’est pas mal) et qu’on désespère de voir grandir.

Mais la nature a son rythme, que nous avons largement oublié. Pour preuve , ce petit extrait vidéo, tiré des « Dieux sont tombés sur la tête » (Jamie Uys, 1980). Pour ceux qui ne connaissent pas, il est question du choc culturel causé par une bouteille en verre dans une tribu de Bochimans, au Botswana (Afrique Australe).

 Choc culturel, car le verre, inconnu de ces hommes vivant en parfaite symbiose avec la nature, va amener l’un d’eux à vouloir se débarrasser de cette chose devenue malfaisante. Décidément, oui, les Dieux sont tombés sur la tête ! Et lors de ce voyage, Xixo, le Bochiman, va découvrir les hommes modernes. Qui, eux aussi, à n’en pas douter, sont tombés sur la tête ! Le coup du trype qui prend sa voiture est désopilant. Et pas si éloigné de la réalité !

 

 

 Nous courrons chaque fois sans cesse après le temps, alors que nous n’en avons jamais eu autant devant nous ! Nous travaillons 35 heures par semaines alors que la semaine de 48 heures était il y a quelques décennies le thème du combat social ! Nous partons à la retraite à 60 -62 ans alors que c’était l’espérance de vie il y a quarante ans ! Et pourtant, nous n’avons jamais assez de temps. Nous détestons le perdre, car il s’agit aujourd’hui de perdre le moins de temps disponible. Time is money, dit l’adage.

Alors on devient homme orchestre. On jongle au travail avec le téléphone, l’oreillette blue-tooth, un agenda qui ferait pâlir celui d’un ministre. On se connecte 10 fois par jour à sa boite mail de peur de rater quelque chose. On consulte sa page « FB » de peur d’être mis hors circuit. Autour de nous, tout va plus vite, trop vite.  On avait même trouvé, avant qu’il soit retiré du service, le moyen imparable pour gagner du temps : avec « Concorde », on arrivait à New-York avant d’être parti de Paris. Décalage horaire oblige, évidemment. (voir l’extrait d’Hibernatus, 1970, Edouard Molinaro, vous noterez qu’on en est pas encore au carburant atomique !)

 

 

 

Et il faut gérer les plannings et les obligations du quotidien.  Evidemment, les plus fortes à ce jeu là sont les femmes qui ont à gérer en plus de leur vie professionnelle tous les aspects de la vie familiale. Rendons leur au moins cet hommage !

 Et puis cela se traduit dans les choses les plus insignifiantes. Aujourd’hui, la vie c’est 24 heures sur 24, le sommeil n’est qu’une perte de temps. On loue les petits dormeurs, on conspue les siesteurs. On exige ses tirages photos en 1 heure alors qu’on pourrait très bien attendre un peu, non ? Et tout cela sans se soucier une seule seconde du stress que cela engendre par ailleurs. Car d’urgence, à part celle de l’amoureuse attendant son fiancé (ou dans l’autre sens ou sans faire mention du genre, soyons moderne), je ne connais guère que celle qui sont vitales : le SAMU, les Pompiers…

 Dans notre société, il faut pouvoir manger à toute heure du jour et de la nuit. Cela nécessite donc des gens qui travaillent jusqu’à pas d’heure pour satisfaire les estomacs de quelques uns. Qui font quoi, je vous le demande ?

Franchement, ceux qui bossent la nuit et qui passent au drive ne sont pas légion. Peut-être un vigile entre deux rondes. Et encore. Le reste ? Des fêtards, des gens qui rentrent d’un concert ou qui vont en boite. Et donc, pour l’amusement de quelques uns on mobilise des salariés jusqu’à pas d’heure ? Et eux, quand il leur faudra aller en cours le lendemain matin, on fera comment ?

 Il y a déjà assez de monde qui travaille la nuit. Demandez donc aux ouvriers qui travaillent sur des fours allumés en continu (ben oui, on ne peut pas les éteindre pour les rallumer ensuite, c’est pas une plaque de cuisson), les personnels hospitaliers qui font des gardes, les cheminots qui conduisent les trains de nuit (je vous conseille d’essayer de faire Strasbourg-Bordeaux sans boire de café dans votre loco, entre 22heures et 5 heures du mat… Où sont les WC dans une loco ? Et qui conduit le train pendant ce temps ?)

 Il n’y en a pas assez, des travailleurs de la nuit ? Pourquoi en rajouter ?

Et si on se consacre aux minutes. Avez-vous vu le nombre de gens qui sont stressés lorsque le service (ou que ce soit) prend 10 secondes de plus que ce qu’ils attendaient ? ou une minute ? Ou deux ? Bon dieu, c’est quoi, deux minutes ? Le temps de lire un article de journal si on est seul, ou alors le temps de raconter le dernier but de Henry « sans les mains » à son copain. Ou encore de susurrer quelques mots d’amour dans l’oreille de votre compagn(e)(on). (Ben oui, pourquoi toujours mettre uniquement le féminin entre parenthèse ? )

 La prochaine fois que vous allez dans un magasin, apprenez la patience. Prenez le temps de regarder autour de vous. Peut-être découvrirez vous un détail insolite, quelque chose de plaisant. Peut-être ferez-vous attention à ce parent qui se débat pour faire passer sa poussette par les lourdes portes. Peut-être relèverez vous un enfant qui est tombé, peut-être vous laisserez vous attendrir par le regard mouillé d’un chien. Peut-être répondrez vous par un sourire à un regard qui se pose sur vous. Peut-être trouverez vous une idée géniale pour offrir un cadeau à quelqu’un de cher, ou pour mieux organiser votre travail (car le temps c’est de l’argent, dit-on…) Et prenez le temps de dire bonjour à la personne que vous voyez prendre votre commande. Et dites lui, surtout : j’ai le temps. Elle n’ira pas forcément moins vite. Mais elle sera moins stressée.

Enfin, pour finir, vous avez déjà certainement lu ces lignes, mais elles sont pleines de sagesse.

 

 

LA VALEUR DU TEMPS !
source inconnue

 

Pour apprendre la valeur d'une année, demande à l'étudiant qui a raté un examen.

Pour apprendre la valeur d'un mois, demande à la mère qui a mis au monde un enfant trop tôt.

Pour apprendre la valeur d'une semaine, demande à l'éditeur d'un journal hebdomadaire.

Pour apprendre la valeur d'une heure, demande aux amoureux qui attendent de se revoir.

Pour apprendre la valeur d'une minute, demande à celui qui a raté son train, son bus ou son avion.

Pour apprendre la valeur d'une seconde, demande à celui qui a perdu quelqu'un dans un accident.

Pour apprendre la valeur d'une milliseconde,
demande
à celui qui a gagné une médaille d'argent aux Olympiques.

Le temps n'attend personne.

Rassemble chaque instant qu'il te reste et il te sera de grande valeur.

Partage ces instants avec une personne de choix et ils seront encore plus précieux.

 

Pour finir cela, prenez le temps de déguster, un jour, un vrai bout de comté affiné plusieurs mois en cave, accompagné (avec modération, cela va de soi) d’un savagnin de derrière les fagots. A qui un vigneron consciencieux aura laissé le temps de prendre toute sa saveur.

 Prenons le temps de ralentir !

Publié dans Société

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Eric G. Delfosse (Pomme) 11/06/2010 04:07



Le temps, c'est de l'argent...


Et comme j'ai bien le temps, je suis riche !


 


Bonne nuit...



Céline 24/05/2010 14:16


Combien de temps dure un feu rouge ?
C'est toujours étonnant de s'apercevoir qu'il ne dure que quelques secondes !


Ronuick 24/05/2010 19:05



Judicieuse remarque. Assez longtemps cependant pour faire un bisou à votre amoureu(se)(x)