Poli ou impoli, à vous de choisir entre la peste et le choléra !

Publié le par Ronuick

Asséné comme cela, le titre a peut-être de quoi choquer. Patience, j'arrive à mon propos.

 

 Tous ceux qui ont déjà été au service de la clientèle (et ils sont nombreux, dépassant largement le cadre des fast-food !) le savent : ce n'est pas agréable de se faire traiter de noms d'oiseaux par un client mécontent. Du reste, il est souvent mécontent pour des peccadilles et cherche souvent le moindre prétexte pour exploser, là n'est pas le propos.

 

 Et alors, il explose. On dirait le Vésuve au moment d'engloutir Pompei, ou encore, plus proche de nous, le Mont St Helens ou le Pinatubo. Bref, vous voyez le genre.

"Mais c'est inadmissible que vous n'ayez plus ce produit ! Comment ça se fait ? Mais vous êtes tous des incapables ! Et moi je vais vous casser la gueule !"

Et s'il y a une odeur de bière ou de mauvaise vinasse sous (ou sur-) jacente, vous comprenez aisément d'où vient le pétage de plomb mais ça vous fait tout de même une belle jambe.

Et bien, je vais vous dire. Ce n'est certainement pas là le plus grave. Non. Pourquoi ? Parce que le type, en s'en prenant ainsi à vous, en faisant acte de violence verbale, perd toute crédibilité devant tout le monde, employés et surtout clients ! Bon, je vais pas dire que les clients vont venir ceinturer le type (on rêve pas !), mais ils vont regarder la scène et vous sentirez de la sympathie pour vous dans leur regard. Et puis vous pouvez toujours appeler les forces de l'ordre. Avec un peu de chance, elles se déplaceront assez vite !

 

 Non, le pire, ce sont les clients polis et mécontents. Il n'y a rien de plus retors. Le type en question, qui a souvent une position élevée dans l'échelle sociale, prendra un malin plaisir à vous faire sentir tout chose. Après tout, vous n'êtes qu'un pauvre petit employé de fast-food, et il vous laisse entendre qu'il en a cassé plus d'un. Les premiers à qui vous avez affaire sont impressionnants. Vous ne pouvez pas compter sur le soutien de quelqu'un d'autre, car la prise de bec est discrète, feutrée. Comme des pas de chats qui chasse.

 La politesse est souvent une façade. Un masque. Elle permet d'avancer sans trop se faire remarquer. D'avancer ses pions et de porter l'estocade finale. Alors, au bout de quelque temps, on apprend à les gérer. Car ils veulent plus que tout nous pousser à la faute. D'un petit truc que l'on pourrait très bien gérer en gentlemen, ils essaient de vous en faire porter toute la responsabilité (un cheveu dans un sandwich, malheureusement ça arrive, malgré toutes nos précautions) et de vous faire sortir de vos gonds.

Souvent, leur phrase favorite est : "Attention, jeune homme, je connais votre patron !"

Alors, au bout d'un moment, vous arrivez à répondre calmement : "Oui, et alors, moi aussi je le connais !"

ou, variante : "Oui, sans doute. C'est le cas de la moitié de la ville. Ce qui est embêtant, c'est que ce n'est pas réciproque !"

 

Ça a le don d'énerver le type, mais comme vous êtes aussi poli que lui, il ne peut décemment pas monter sur ses grands chevaux. "Vous ne savez pas à qui vous parlez". Et là, vous avez bien en tête la devise "Liberté Égalité Fraternité" et vous savez que vous n'allez de toute manière pas aller à un procès pour un bête cheveu dans la soupe ! (ou dans le hamburger).

 

Et vous dites : "Non, ce n'est pas mon problème. On parle d'un hamburger, là".

 

 Vous savez quoi ? Juste après, j'embraye sur :" Je vous en ramène un autre et le café est pour nous !" et le gars se dégonfle comme un soufflé sorti trop tôt du four.

Il est obligé de capituler, parce que , effectivement, c'est un gars très important, et il a beaucoup mieux à faire que de pinailler pour un malheureux hamburger. Le temps, c'est de l'argent !

 Mais si l'affaire avait eu une autre valeur (comme un terrain immobilier par exemple), ne faites pas trop confiance à la devise républicaine. La Fontaine avait déjà bien raison sous la monarchie, malheureusement, peu de choses ont changé, malgré l'abnégation et l'idéalisme de beaucoup.

Mais, pour un malheureux hamburger, et comme vous n'êtes, après tout, qu'une "sous-merde" fast-foodienne, vous entendrez l'orage s'éloigner.

Ce c... a eu un café gratos ? Ben oui, c'est la technique du lézard. Vous savez, cet animal dont la queue est démontable, dixit le Capitaine Haddock dans "Le Temple du Soleil" Il préfère sacrifier sa queue pour pouvoir partir. Lâcher du lest, en quelque sorte ! Vous faites pareil avec le café, qui coûte vraiment pas grand chose et qui vous permet de clore l'incident. Vous avez gagné dans la mesure où vous êtes resté calme. Et c'est tout ce que ces gens là, qui pensent avoir seuls la maîtrise d'eux mêmes, détestent cordialement.

 

Ainsi, vous êtes vaccinés contre la Peste ET contre le choléra.

 

 

 


Pour en savoir plus sur le lézard démontable :

"Les Aventures de Tintin - Le Temple du Soleil." par Hergé. Editions Casterman

 

Pour les différences de traitement :

"Les Animaux Malades de la Peste", Jean de la Fontaine.

Publié dans Société

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Madwolf 10/02/2011 13:52



au fait, en Hors Sujet :


Il y a un quelques semaines, lors de mon dernier passage au fast food, j'ai noté que l'équipier préposé au nettoyage de la salle utilisait un balai à frange. Jusque là, rien de révolutionnaire...
En revanche, ne le voyant pas le plonger dans un seau de liquide de détergent, je suis resté en observation. Me suis induit en erreur ou le balai utilisé est doté d'un réservoir à produit ? C'est
utilisé par chez toi ?



Ronuick 10/02/2011 17:21



Deux explications : il existe dans certains restaurants des balais avec reservoir intégré. Mais c'est assez fragile et rien ne vaut le bon vieux seau....


Donc en fait, soit il s'agit de ce système, soit il devait juste sécher le sol, soit alors il l'avait juste mouillé pour essuyer une tache.


 



Madwolf 10/02/2011 13:45



Haaaa. De retour. Je pense à toi à chaque fois que je rentre dans un fast food.


Bon, perso, si quelque chose ne va pas dans la préparation d'un plat j'essaye d'expliquer le problème sans faire de vague avec la personne qui m'a servi. Les très rares fois où cela est arrivé,
ça c'est toujours réglé sans soucis, sauf une fois eu un serveur a jeté sur la table la pizza que j'avais demandé à faire cuire un petit peu plus (la pâte n'étais pas assez cuite).


Généralement, je me retrouve envoyé au contact du client quand il n'est pas content. Faut le laisser vider son sac. Au bout d'un moment, quand il s'apperçoit qu'il tourne en rond dans son
argument, je l'amène sur le terrain de la raison et de la solution que nous allons trouver ensemble et qui resoudra son problème.



Ronuick 10/02/2011 17:22



Le "vidage de sac" est effectivement la meilleure soiution pour tous les problèmes liés à un client mécontent. Le laiser parler c'est destressant pour lui comme pour celui qui le sert. Après,
quand il est "calmé", on peut discuter raisonnablement.



James 03/02/2011 17:16



Toujours aussi délicieux vos posts.


Je l'attendais avec impatience ce nouveau.