"McJob", grâce à qui ?

Publié le par Ronuick

On parle parfois de mcjob… Tout est dans le mot, lâché avec une certaine morgue. Malheur à celui qui se retrouve à occuper un mcjob ! Horaires pourris, salaire de misère, pression continuelle, stress invivable…

Mais c’est quoi, un Mcjob ? A première vue, ça paraît simple. C’est de ces innombrables emplois créés par McDonald’s Corporation au sein de son réseau de restaurants franchisés. Certaines estimations parlent de plus de 10% des Etasuniens qui ont un jour travaillé pour cette firme. Pour une semaine ou plusieurs années. Assez dingue, non ?

Et il n’y a qu’à voir les groupes sur Facebook pour s’en convaincre : les « mctravailleurs », anciens ou en activité, sont nombreux.

Mais le mot, rejeté par la firme en question, d’ailleurs, qui y voit là une bien mauvaise publicité, recouvre aujourd’hui une réalité bien plus large. Le Mcjob c’est en général ce travail qu’on considère mal payé et mal valorisé.

Stop ! Mal valorisé par qui ? Par ceux qui le font ? C’est bien souvent un pis-aller, mais l’Homme a du mal à se dénigrer lui-même. Le McJobeur se dira « oui, c’est pas idéal, mais ça me paye mes factures. En attendant mieux ».

Le patron ? Il peut être exploiteur comme il peut être à l’écoute de ses employés. Mais en général, les branches qui emploient plein de « petites mains », des employés peu qualifiés mais nombreux, ont de gros frais de main d’œuvre.

Eh oui, si chaque paye est petite, il y a besoin de beaucoup d’employés… Les augmenter tous serait difficile, à moins que les maisons-mères ne renoncent à une partie de leur marge. Souvent, le loyer, les redevances sont calculées sur le chiffre d’affaire, et pas les bénéfices !!!

Alors, ces Mcjob sont mal valorisés par qui ? Et bien par beaucoup de clients, tout simplement ! Ils arrivent au comptoir, sans dire bonjour, passent leur commande comme ils le feraient à un robot (mais refusent d’utiliser des bornes de commande automatique parce qu’il n’y a pas de contact humain !). Ils tolèrent mal les erreurs de leur interlocuteurs, les bafouillages du nouveau. Si la caissière est jolie, ça devient un objet à séduire, à draguer. En tout cas, c’est, comme les caissières (pardon, hôtesse de caisse) des supermarchés, le symbole de la déchéance de l’emploi. A les entendre, mieux vaudrait être chômeur que mctravailleur !

Ben oui, on peut être chômeur par choix, mais si on est là avec cette casquette ridicule à dire à longueur de journée « sur place ou à emporter », c’est qu’on n’avait pas le choix.

Et ce médecin, agacé parce que la caissière ne comprenait pas ce qu’il voulait, qui dit à son fils : « Continue tes études, sinon tu finis comme elle ! ». Oui, sauf que le médecin en question avait juste demandé « un menu » et que la caissière lui avait demandé « Avec quel sandwich ? ». « Ben, un menu ! C’est donc avec fish !”

 Quel est le plus con des deux : le client qui pense qu’on devrait lire dans ses pensées (la lecture IRM des pensées est encore au stade expérimental) ou la caissière (accessoirement titulaire d’un Master2 en langues et littérature française) qui lui demande de préciser sa commande afin de pouvoir le servir ? Mmh ?

 Merci ! Merci à tous ces clients qui font vraiment sentir à tous les Mctravailleurs (et même de chez Kik ou dans les supermarchés) qu’ils ont une grande valeur !



 


NB: un diplôme ne protège pas du chômage. Surtout qu'aujourd'hui la culture ets moins valorisée que ce qui peut apporter un profit immédiat, plus ou moins utile socialement : finance, trading, mais, heureusement, sciences.  Ainsi, une thèse scientifique sera plus facilement financée qu'une thèse en littérature.

 

 

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Anna 28/03/2010 13:38


très bien vu et senti cet article!
c'est tellement ça...