Le client est Roi ! Ou comment faire le con...

Publié le par Ronuick

Chose promise, chose due… j’avais en effet promis de vous parler de l’ineptie à la mode (depuis un certain nombre d’années) qui est : le client est roi.

 Voilà donc un adage nouvellement formé, qui a plus de poids que les préceptes de sagesse que sont, par exemple « Si tu te tapes la tête contre une cruche, et que ça sonne creux, n’en déduis pas tout de suite que la cruche est vide ».

Vous voyez ? Puissant, non ? La sagesse de Confucius et de Lao-Tseu est enfoncée.

Alors, pourquoi cette nouvelle maxime ? Parce que, dans notre pays, il faut dire que la notion de service client est… beeeennn, disons le franchement, pas très répandue. Enfin, je devrais parler au passé. Rappelez vous vos traversées de la France pour rejoindre votre lieu de vacances ; les stations services, pour ne prendre qu’un exemple, étaient le repaire de types et de typesses bourrues, où les toilettes étaient dégueullasses parce que salies par des gens dégueullasses, mais également parce que jamais nettoyées. Et le service dans les cafet’ était proprement à chier.. ce qui nous faisait aller dans les dites –toilettes.

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Depuis, il y a eu du mieux. Depuis qu’on a compris (ou commencé à comprendre) que le patron de l’entreprise, le vrai patron, c’est le client. C’est ce que je répète aux employés qui arrivent : si on ne satisfait pas le client, il ne revient plus, et il n’y a plus de revenus, donc plus de salaire.

Oui mais oui mais non… Après, on passe au « client est roi », qui est une forme imagée de « L’entreprise doit avoir à cœur la satisfaction du client parce que c’est de cette satisfaction que nous tirons notre succès et que nous bâtissons notre chiffre d’affaires et que nous gagnons des tunes ». Vous admirez avec moi la concision de la formule prônant la royauté du client !

Sauf  que si c’est une image, elle est trompeuse. Car qu’est ce qu’un Roi ?

Roi (du latin rex, regis) : Homme qui, en vertu de l’élection ou, le plus souvent, de l’hérédité, exerce, d’ordinaire à vie, le pouvoir souverain dans une monarchie.

C’est la définition du Petit Larousse Compact (2004) , le Robert Quotidien (1996) est un peu plus précis, puisqu’il donne deux autres sens : « Homme qui règne quelque part, dans un domaine. Ex : Le milliardaire, le roi du cuivre ou de la viande en conserve »(sic) ou « Chef, représentant éminent (d’un groupe ou d’une espèce. Ex : le lion, roi des animaux ».

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Donc le Roi est un souverain. Par là même, en tout cas dans nos sociétés civilisées et développées, il a des droits (ce que l’immense majorité des gens peut comprendre et envier) mais aussi des devoirs.

Même Louis XIV, souverain « absolu » avait des devoirs envers son peuple… et les monarchies que nous connaissons aujourd’hui sur notre continent sont toutes parlementaires ou constitutionnelles. Bref : le Roi ou la Reine y ont surtout un rôle honorifique. De là à parler de potiche enguirlandée…

 En parlant des devoirs : ce sont ceux de tout citoyen. L’époque est révolue où un Roi pouvait faire exécuter ou embastiller n’importe qui. Une anecdote amusante existe à ce sujet, concernant Sa Majesté le Roi Harald V de Norvège, arrêté par les forces de l’ordre de son pays pour un excès de vitesse.

Croyez vous que les policiers laissèrent repartir leur royal contrevenant ? Eh bien non… A l’amende, comme tout le monde !

Donc, n’en déplaise à tous ceux qui pensaient le contraire, un Roi  a des devoirs. Entre autres celui d’être respectueux de ses concitoyens.

 Le dialogue classique qui s’engage au restaurant ressemble à celui-ci :

Ah, désolé, Monsieur ce n’est pas possible de vous faire cette promotion.

Le client est Roi…

Bon, le client en question pense que c’est l’argument imparable. Et il est tout choqué quand on lui répond « Non ».

C’est sûr, il appris cela, un beau jour, qu’en tant que client on devait satisfaire le moindre de ses désirs, et il est tellement content de faire ressortir sa soi-disant supériorité ! Alors il fait : « comment ? » (variante : vous savez à qui vous parlez ?)

« Ben oui, monsieur, le client n’est pas Roi.

Je vais vous apprendre votre métier, moi !

Depuis 1870, Monsieur, nous sommes en République, comme c’est marqué sur vos papiers d’identité. »

Alors là, en général, le gars se tient coi. Il n’a pas quitté son état d’énervement, bien sûr (ce serait trop beau), mais il est mouché et ça fait du bien. Tout serait allé mieux si à mon premier refus (de faire la promotion, de faire un sandwich spécial « abusé », de réaliser un souhait spécial…) il avait demandé tout simplement : « Ah ? Pourquoi ? Comment se fait-il ? » (Variante wech : Oh, pourkoi, là ? c koi le binz ? ». )

Alors j’aurais expliqué pédagogiquement, entre gens polis, les raisons de ce refus. Elles peuvent être pratiques (manque de temps, de personnel) ou réglementaires (interdiction de cumuler les promotions…) ou économiques (25 sauces gratuites, ce n’est pas possible…)

Pourquoi me foutre ainsi de sa gueule ? Parce que, justement, nous sommes en République, et que nous avons aboli toute trace de monarchie (enfin, il y en a tout en haut de l’Etat qui se comporte comme des roitelets, enfin bref passons). Alors on va me dire : « Oui, mais là c’est capillotracté, puisque l’expression est imagée » (Sous entendu : on sait qu’il n’est pas vraiment Roi)

Oui, mais un lecteur me disait : le diable se loge dans les détails. Et oui, je pinaille en sortant cela, mais c’est uniquement pour rabattre son caquet au suffisant qui me sort çà et qui, lui, croit vraiment qu’il est roi.  Parce que, voici la deuxième chose à savoir, et c’est un axiome : (je l’encadre)

Celui qui sort « le client est roi » est un imbécile qui n’a pas d’autre argument à faire valoir et qui a entendu cela un jour et qui veut flatter son ego. Son degré de civilisation est si bas qu’il ne sait pas ce qu’est un roi.

C’est donc à nous (employés)  de leur définir la nature d’un roi et sa non-comptabilité avec notre régime politique. CQFD. (Pour nos amis belges, vous pouvez dire qu’il n’y a qu’un seul Roi en Belgique. Pour nos amis suisses, je crois que votre pays est une confédération qui n’a pas connu de Roi depuis sa création en 1291. )

Parce que, comme je l’ai dit, cette phrase n’est prononcée que lorsque le client est vraiment mécontent mais qu’il est dans son tort. En cas de souci avec un employé, le client intelligent essaie de trouver une solution, et si vraiment il y a une mauvaise volonté flagrante de la part de l’employé, le client toujours aussi intelligent demandera poliment à voir son responsable. Mais en aucun cas il n’usera de l’éculé « Le Client est Roi » qui n’apporte rien et ne résout rien.

 Quand les clients sont vraiment embêtants, voire carrément insultants (j’ai dit que même le Roi devait avoir du respect pour ses concitoyens, hein), alors je passe au degré supérieur : « Vous savez ce qu’on leur fait aux Rois, en France ? » Hinrichtung_Ludwig_des_XVI.png

Rappelons le sort des derniers en date : Louis XVI : guillotiné en 1793, Louis XVIII (frère du précédent), décède encore roi en 1824 (quand même il en faut un), et son successeur Charles X (frère des précédents) sera renversé en 1830. Ce sera le dernier Roi de France. Louis Philippe, prudent, prendra le titre de Roi des Français. Avant d’être renversé en 1848.

 Car rappelons le : le client qui dit qu’il est roi est le dernier des emmerdeurs. Il cherchera systématiquement à faire porter la faute sur vous, à exiger des compensations, à marchander, bref à exercer un pouvoir qu’il n’a pas dans sa vie personnelle et professionnelle : cette petite phrase dénote un esprit mesquin et obtus. Je n’imagine pas vraiment le Roi par excellence de la littérature fantastique , Aragorn, se livrer à de telles bassesses. A bon entendeur, il y a bien d’autres moyens polis de réclamer.

Attention ! Comme je l’ai déjà dit, j’adore m’occuper des clients « à attention spéciale » comme les touristes, les femmes enceintes (à vous mesdames, c’est quand la dernière fois qu’on vous a laissé une place assise dans le bus ou laisser passer dans la file d’attente ?), les personnes âges, les enfants, les handicapés, bref, toutes ces personnes qui ont justement besoin de notre attention.

Ensuite, je referais un billet sur cette question du partage du pouvoir. Car si le Client est Roi, alors nous avons 2 millions de Rois à servir tous les jours !

Rappelons qu’officiellement ce n’est jamais un couple qui règne. Le conjoint du monarque est dit « consort » et n’est pas chef d’Etat. Ainsi, le prince Philip d’Edimbourg, la Reine Sonja de Norvège, le prince Henrik du Danemark…

en Norvège, la vitesse est limitée à 90 km/h même sur autoroutes, même s’il n’y a que 100 km d’autoroutes dans tout le pays

Conseil : ne relevez pas, faites comme si vous n’avez pas entendu. La véritable personne importante est celle qui ne cherche pas à se faire mousser.

Se référer à la trilogie du « Seigneur des Anneaux », par J.R.R. Tolkien

Publié dans Société

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Anna 14/07/2010 11:16



Que voilà un article passionnant et fort bien à propos.


Ainsi donc, chez ronuick, le client roi serait un goujat ?


je retiens en tout cas, cette mémorable répartie : "Depuis 1870, Monsieur, nous sommes en République, comme c’est marqué sur vos papiers d’identité."


Elle devrait être apprise par tous les employés de commerce ^^



Ronuick 18/07/2010 21:37



Tu a du en croiser, des comme çà, non ? Suffisants, arrogants et surtout condescendants avec le "petit peuple" du service.


 



Le Maître des Bouviers 04/07/2010 19:46



Commentaire un peu tardif, bof, tant pis.


Nous connaissons tous la phrase : "J'ai failli attendre !" proférée par Louis XIV alors qu'il attendait son cocher et que nous comprennons aujourd'hui comme l'expression ironique de l'impatience.


Or, le roi de France, souverain absolu, voulait être le gentilhomme le plus poli de son royaume (il disait "bonjour, Madame" aux chambrières) et cette phrase, expression d'une arogance supérieure
aujourd'hui, a été dite sans second degré par le roi : il avait "failli" attendre mais pas vraiment alors ce retard était pardonné.


Autre chose, sur les canons de Loulou (oui, je l'appele Loulou) était inscrit "Rex ultima necat" (quelle élégance de savoir le latin !) ou, en bon français de France : "le dernier argument du
roi". Parce que lui avait d'autres arguments que la bête affirmation de sa supposée superiorité.


Quant au "Bonjour, Madame" (Mademoiselle, Monsieur et jeune homme, jeune fille pour les enfants) c'est le minimum de politesse acceptable qui est dû à chaque être humain, quel que soit sa
condition. Vous n'imaginez pas les regards interloqués puis enamourés des caissières (de fast-food aussi) quand je leur dis "Bonjour, Madame".



Ronuick 04/07/2010 20:12



La politesse est l'apanage des Roi. Est roi celui qui dispense de cette grâce les personnes qu'il rencontre. PDG ou caissier !



Eric G. Delfosse (Pomme) 25/06/2010 04:25



"Depuis 1870, Monsieur, nous sommes en République, comme c’est marqué sur vos papiers d’identité."


 


Bin, oui, mais non... Sur ma carte d'identité (je viens de vérifier) il est marqué "Royaume de Belgique"...


Bon, ok, je vais me coucher, là... Je n'ai plus qu'une heure et demi à dormir avant de partir justement vers la Belgique !



Ronuick 25/06/2010 11:55



Bon voyage vers la Belgique, ami belge qui n'a justement qu'un Roi... Et pour qui, donc, le client ne saurait être Roi, à moins de détroner S.M Albert II !