La farce de l'indépendance énergétique

Publié le par Ronuick

 

Depuis peu, le nucléaire s'est installé dans le débat : bonne ou mauvaise chose ? Est-ce uniquement dicté par la peur d'un Fukushima français ?

Le fait est qu'il n'y a jamais eu dans notre pays de débat sur le nucléaire. Cela nous a été imposé, pour notre "plus grand bien" par les autorités de l'Etat (et en particulier le Grand Charles dans les années 60). Il était question d'indépendance énergétique, de grandeur de la France.

Le fait que l'opinion publique ait été systématiquement évincée du débat doit nous faire tilt : n'est ce pas ce qui se passe au Japon ? Après tout, c'est vrai, sur ces questions qui intéressent plusieurs générations (voir la durée de vie des déchets nucléaires), les pékins moyens que nous sommes n'ont pas à donner leur avis.

 Revenons à cette grande blague de l'indépendance énergétique. Certes, le nucléaire, qui représente 17 ou 18% de l'énergie totale consommée dans notre pays (ce qui permet de relativiser, hein, et ce qui permet quand même d'envisager une sortie en douceur) nous permet d'éviter l'importation de charbon (la dernière mine de charbon a fermé en 2004 en Lorraine) et de pétrole (les gisements aquitains, franciliens et alsaciens ne sortant que quelques gouttes). 

Mais l'uranium, d'où sort-il ? Du Niger, du Canada, de l'Autsralie. Son exploitation, dans notre ancienne colonie, est confiée à Areva, comme de juste, et j'aimerais bien connaître les conditions de travail des mineurs. Si c'est pour spollier les pays de leurs richesses et faire crever les habitants dans des mines où la radioactivité est quand même sensiblement plus élevée qu'en milieu naturel, je ne vois pas en quoi on peut être fier de notre filière nucléaire.

Bref : toujours est-il que d'indépendance énergétique, nous n'en avons pas ! L'uranium est à 100% acheté à l'étranger ! Alors, bien sûr, on en recycle une partie, que l'on combine au plutonium pour faire du MOX, dont on venait de charger les réacteurs de Fukushima. Problème, le plutonium est hautement toxique, et sa demi vie est de 24000 ans.

Alors, pourquoi nous seriner que le nucléaire c'est l'indépendance énergétique de la France ?

Je suis tombé dernièrement sur un vieil ouvrage de géographie, émouvant à souhait. Il date de 1959, on y parle encore des départements français d'Algérie, des lignes électrifiées que le monde nous envie (une BB 9004 et une CC7107 venaient de battre le record de vitesse sur rail en 1955 à 335 KM/h), une carte montrait les 31 km d'autoroute d'alors, et que la France était une grande nation qui allait inonder de ses Dauphine et de ses caravelles le monde entier.

Il y avait forcément un chapitre sur le nucléaire : l'avenir. Et à l'époque, cartes à l'appui, et les habitants de ces régions s'en souviennent, il y avait des mines d'uranium en France : dans les massifs anciens des Vosges, du Massif Central surtout. La carte est d'ailleurs disponible sur le site du réseau Sortir du nucléaire et de Greenpeace et ici, car ces mines sont encore là, remblayées ou non, mais toujours toxiques.

Rapidement, ces filons se sont épuisés, ou sont devenus moins rentable. Mais l'argument est resté le même : le nucléaire utilise les ressources nationales, il garantit donc notre indépendance énergétique. Cela fait donc depuis les années 60 que l'on nous ressasse le même argument alors qu'entre temps, 100 % de l'uranium vient d'ailleurs.

Fortiche, non ?

Mais bon Français que nous sommes, nous en restons là, et continuons à y croire. Juste un soupçon d'inquiétude lorsqu'à l'autre bout du monde une centrale explose et que l'on s'avise que la doyenne de nos centrales est pile poil sur une faille, à 8 mètres en dessous du Rhin canalisé, et proche d'une ville (Bâle) qui fut rasée il y a 700 ans par un séisme tel que les chroniques nous en ont laissé le souvenir.

 Mais c'est sûr : le confort avant tout ! On aère en laissant le chauffage allumé, on râle contre les compteurs de calories individuels (j'ai demandé cela dans mon immeuble, on m'a rit au nez : c'est tellement déresponsabilisant et confortable, le chauffage collectif !), et on croit tous les bobards d'une filière nucléaire qui gangrène l'Etat et qui vole le débat public pour des histoires de gros sous.

Tout cela, bien sûr, pour "notre plus grand bien" ! Que de choses n'a t-on pas faite pour le "plus grand bien" des peuples !

Publié dans Société

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Neil 30/04/2011 02:29



Merci pour cette article qui résume un peu la chose. On a donc beaucoup à apprende de la contestation du nucléaire allemand.



Extincteur 20/04/2011 13:02



Ahhh, ce bon vieux débat!!!


Que préfère-t'on ???


Les bonnes vieilles centrales au charbon (ou au gaz), qui polluent de suite, ou les centrales nucléaires, qui polluent demain ???


Ah oui, il y a l'éolien (qui pollue visuellement et qui tue les z'oziaux et les chauve-souris), le solaire (qu'est pas beau non plus, et qui contient aussi des produits nocifs à recycler dans 15
ans),le bio-gaz (qui pue),la graisse de poulet (qui pue aussi) et l'hydro-électrique (qui impose de noyer un bout de nature) !!!!


Non, moi j'ai une solution, on s'achète tous un vélo avec un alternateur, et on pédale  !! ( Ha ?? On me sussure à
l'oreillette que fabriquer les vélos, ça pollue aussi ???)


Bon, plus sérieusement, il existe des alternatives au charbon et au nucléaire, mais quoi qu'on fasse, il y aura toujours des râlements !!


(Ronuick, je te rassure, ai pas fais ce comm pour me moquer  !!)



Ronuick 09/05/2011 14:03



Oui, c'est la quadrature du cercle ou bien le serpent qui se mord la queue : en tous les cas, on n'en n'a pas fini avec tout cela. C'est pour cela que, à titre personnel, je prone et je pratique
la sobriété énergétique. Pas à portée de tout le monde (genre ceux qui doivent se taper 20 bornes pour aller bosser) mais moi ca me convient bien et je fais chier personne.


Et non ne t'inquiète pas, j'avais bien compris l'esprit du message ! Pas me moquer, mais me taquiner !



Rouget 18/04/2011 09:28



Sur le premier point, c'est la filière UNGG (Uranium naturel, Graphite, Gaz) qui a servi à produire du plutonium pour les bombes nucléaires. Ensuite la France via EDF ET le CEA a acheté une
licence américaine Westinghouse (et pas celle de General Electric, celle là qui a servie à produire la plupart des centrales nucléaires japonaises) pour produire des centrales à eau pressurisé.
Et on était déjà passé dans le nucléaire civil pour produire de l'électricité.


 


Historiquement après le premier choc pétrolier, la France s'est trompé sur deux choses : elle avait prévue que le pétrole serait evenu trop rare en l'an 2000, ce qui s'est révélé évidemment
incorrect... si on ne se rappelle pas l'augmentation considérable des ressources pétrolières en Arabie Saoudite du jour au lendemain dans les années 80 annoncées par le gouvernement !


 


Deuxième erreur : la consommation électrique serait en 2010 de 1000 TWh du fait de l'électrification progressive des usages et surtout e l'augmentation constante. Il est vrai que l'on avait pas
en tête alors la désindustrialisation de la France et l'efficacité énergétique, ce,qui fait que l'année dernière on en a consommé moitié moins ! L'électricification du chauffage électrique n'a
pas joué un rôle si important.


 


Fort d'un parc construit avec une rapidité extraordinaire (jusqu'à 7 tranches par an, annoncé par Marcel Boiteux qui pensait en réalité qu'on lui en demanderait seulement la moitié) la France
s'est retrouvé suréquipée et a décidée de faire de l'export, ce qui finalement est un business assez rentable. Dans les plans, il était aussi prévu de développer dans la foulée la quatrième
génération qui nous aurait permis de ne pas importer d'uranium et d'assurer une production électrique importanre d'où les initiatives de Phenix et Superphenix, ce dernier étant dangereux et un
gouffre financier, sa fermeture a été logique (la Cour des Comptes ayant estimé que l'Etat a rentré dans ses frais). La gestion des déchets nucléaires s'est alors posé. Le plutonium a pu être
recyclé mais l'efficacité du retraitement et ses réels bénéfices économiques ne sont pas évidents. Le reste des déchets vont être stockés mais il y a débat sur les chiffres. Quant au
démantelement des centrales, EDF a provisionné près de 16 milliards mais sera-t-il suffisant ? D'autant que les prix de l'électricité cont rester constant, ce qui n'est en rien pour arranger ses
affaires. Si la France décide de sortir du nucléaire, c'est toute sa filière qui y passe puisque sa crédibilité s'assoit sur la maturité du parc français et sa bonne tenue générale.


 


Pour le nucléaire militaire, la France a déjà montré de bons signes d'une sortie progressive de l'arme atomique notamment par sa transparence sur le sujet, bien avant les accords entre Américains
et Russes. D'autant que le combustible des bombes sert déjà à produire de l'énergie dans les centrales nucléaires américaines. On touche là au vrai sujet : le nucléaire civil est bien moins
dangereux que la prolifération des charges nucléaires qui se baladent on ne sait où mais dont on ne parle pas pace que les trafiquants n'ont pas pignon sur rue...


 


Quant au futur, si vous voulez connaître les plans dans les grandes lignes du CEA, tout est dans cette audition faite à l'Assemblée Nationale de Bernard Bigot, le haut commissaire. On y apprend
des tas de choses. Sachant que l'audition a été faite en février 2011, sa vision de la sureté est très intéressante. Pour les surgénérateurs, on y apprend notamment que le CEA et Areva, au rythme
actuel de l'agenda commun, va commencer la construction d'un petit réacteur RNR appelé ASTRID en 2017 pour un lancement commercial dans les années 2040. Quand on regarde l'âge du parc actuel des
centrales, l'EPR pouvant servir de pont entre les générations 3 et 4, on peut être assez optimiste sur l'avenir de l'électricité en France.


 


madwolf> Le plutonium ne sera pas le pétrole du futur, il sera bel et bien consommé dans les surgénérateurs, mais il y contribuera en petite quantité. En réalité, c'est l'uranium qui sera la
combustible principal ! Aujourd'hui on en utilise qu'une petite partie, quelques pourcents, les surgénérateurs pourront en consommer la totalité, sans déchets. Si dans la génération actuelle, la
radioactivité est plus importante en sortie qu'en entrée, ce sera l'inverse pour la génération 4.


 


Dernière chose : si la France sort du nucléaire, ça n'empêchera pas la Corée du Sud d'en exporter et des pays comme l'Arabie Saoudite de s'en équiper. En pronant l'indépendance de l'ASN encore
plus fermement, la création de règles communes et plus trictes au plan mondiale (les centrales françaises disposent de dispositif pour éliminer l'hydrogène issues d'éventuelles d'hydrolyse dans
le bâtiment réacteur et quand Areva a voule les vendre au Japon, ils n'ont pas voulues. Sans ces explosions, la tâche auraient été bien plus simples) et même une ASN mondiale pour intervenir dans
toutes les centrales nucléaires du monde sans annonce, ce serait tout à l'avantage de la sécurité dans le monde.



madwolf 17/04/2011 21:11



Chouette. Un article bien écrit pour ouvrir un sujet super intéressant. J'en ai commencé une série, mais je suis à court de temps. Quand au correcteur d'orthographe d'OB, il est juste nul.


En fait, les gens oubiient deux choses :


1) La filière nucléaire à été mise en place pour avoir la bombe. Et ces dernières années, pour la première fois depuis plusieurs millénaires, la France n'est pas menacée par des corps d'armées
sur ses frontières, derrière son parapluie nucléaire. La production d'électricité, c'est un plus, qui permet d'éviter de plomber plus qu'elle ne l'est dejà notre balance du commerce extérieur.
L'arrêt du nucléaire civil ne stoppera pas le nucléaire militaire. Enfin, je suis bien plus inquiet de la centrale en Iran, issue de technos disparates, que de la centrale de Fessenheim, qui va
finir un programme de renforcement de sa structure, demandé conjointemen à l'autorisation d'exploitation. Après, je pense qu'il faudrait, ainsi sur deux autres centrales, planifier l'arrêt et le
démantèlement. Je suis pour une augmentation des prix de l'énergie, qui depuis trente ans est vendue trop peu chère pour que les gens y fasse attention et lui reconnaissent sa valeur réelle.


2) la France a misé sur le plutonium, via AREVA, l'usine de retraitement et la techno des surgénérateur. Je crois qu'elle dispose du plus important stock au monde, car certains analystes estiment
que dans 100 ans, quand il n'y aura plus de pétrole, plus de gaz, plus de charbon, le plutonium sera le pétrole du futur.


 



Rouget 16/04/2011 18:09



Les économies d'energie, économiquement et écologiquement parfait, politiquement invendable. C'est nécessairement le signe de la sobriété donc du serrage de ceinture.


 


J'ai l'impression que vous faites parti de ces écolos qui préfèrent sortir du nucléaire par principe plutôt que de voir l'objectif à long terme : réduire de 80 à 95% les émissions de CO2 à
l'horizon 2050 parce que le changement climatique est inévitable et ses conséquences sont encore mal connues.


 


Ca me fait penser au sketch des guignols sur les Verts, époque Voyet (enfin époque avant EELV en fait) entre Les Verts Framboise et Groseille, Les Verts Camping et Saucisse... se battant pour la
même chose mais avec des points de discordance largement surmontable.


Allègre a écrit "Economiser la planète" il y de ça des années mais il ne pense pas que CC soit important (sauf l'acidification des océans), est pour le nucléaire et les OGM et contre la taxe
carbone. On dirait que vous partagez le 1er point et le dernier mais pas les deux autres. Je pense que le CC est réel et important, suis pour le nucléaire (car dans l'inertie qui nous est donnée,
il faut en France s'aider de cette énergie bas carbone tout en développant les ENR - ce qui n'est absolument pas incompatible évidemment ! - en particulier pour le chauffage doublée d'une
importante isolation) contre les OGM par principe et pour une fiscalite écologique qui passe du travail trop taxé à l'énergie pas assez. D'autres encore pensent différemment.


 


Y-a-t-il un terrain d'entente ? J'espère... Mais votre sceptisisme sur le climat m'ennuie. Et m'inquiète même.


 


PS : la surimpression de la fenêtre pour taper les commentaires dans un espace très restreint c'est vraiment anti-ergonomique.