De Verdun à Falloudjah, en passant par Stalingrad et Beyrouth, le pitoyable état d'une salle de fast-food

Publié le par Ronuick

Je vais parler un peu de mon dada. L’histoire, avec ou sans grand « H ». Comprenez aussi bien l’histoire des « petites gens » (vous et moi) et celle des Grands Hommes (et des Grandes Femmes) : Scientifiques, Conquérants, Rois et Reines, Généraux…

 

 Parfois, la salle de restaurant ( on l’appelle parfois le lobby) est dans un désordre indescriptible. Il suffit que certains clients ne débarrassent pas leurs plateaux pour que, s’il n’y a personne d’affecté au nettoyage, la zone ressemble à un véritable champ de bataille.

 

 Ce qui est assez remarquable dans ce métier, c’est que nous avons tous à peu près les mêmes manières de nommer les choses et les concepts. Le péteux du samedi soir à 5 minutes de la fermeture qui klaxonne au drive sera appelé « Connard » à Strasbourg comme à Rennes, ou encore à Marseille. Il y a peut-être des subtilités régionales, mais le fond est le même, voyez-vous.

 Pour le champ de bataille, la référence est toujours la même, seule change le toponyme de référence. Ainsi, j’avais l’habitude de dire :

« Tiens, tu vas en salle, stp ? le lobby c’est Beyrouth ».

 

Beyrouth, c’est comme chacun sait la capitale du Liban, qui a été martyrisée par la guerre depuis les années 80. Mais certains, assez jeunes, ne comprenaient pas bien, ou alors pas totalement. Ils se disaient juste, en arrivant en salle, que Beyrouth ne devait pas être un coin bien sympa ou passer ses vacances.

 

Mais je me suis avisé tout de même que la référence n’était pas très fine, surtout lorsqu’une employée originaire du Liban est arrivée dans le restaurant. Elle aurait moyennement apprécié !

 

 Alors, j’ai sorti de plus vieilles références, comme Verdun ou Stalingrad. Autant Verdun sonne comme la vaillance du poilu Français qui résiste vaillamment à l’artillerie et aux sturmtruppen du Kronprinz, autant Stalingrad fait vraiment ville en déliquescence. D’autant plus que si on peut un jour dans sa vie voir Verdun ( et en revenir transformé, dégoûté à jamais des horreurs de la guerre), je défie quiconque de joindre un jour Stalingrad, dont même le nom a été effacé : on l’appelle désormais Volgograd après un bref épisode où elle fut nommée « Tsaritsyn », son ancien nom.

 

 Mais que penser de la référence que j’ai un jour apprise sur un forum ? Le manager y disait à son équipier : « Va en salle, c’est Fallujah ».

 

C’est sûr qu’avec mon Verdun, je fais vieille France, je fais « Has been ». Mais Fallujah, au delà d’une bataille, c’est quoi ? Des combats de rue que l’on a vu à la télé, presque comme dans un jeu vidéo. Et puis c’est si loin. C’est entre des Américains qu’on n’aime pas vraiment et puis des Irakiens dont on ne connaît rien. C’est la guerre à distance. La guerre virtuelle. Celle qui ne vous choque pas.

 

 J’ai la prétention de croire que l’équipier à qui je demande de nettoyer le champ de bataille qu’est la « salle-Verdun »,  réfléchira un peu à ce fragment d’histoire qui a cimenté la nation française.

Cette histoire qui a vu mourir indistinctement Bretons, Auvergnats, Savoyards, Corses, Chtis, Lorrains restés français, Alsaciens-Mosellans « malgré-nous » de l’autre côté du front, mais aussi troupes « indigènes » du Maroc, d’Algérie, d’Indochine, d’Afrique noire, et j’en oublie.

 Car dans les vastes cryptes de l’ossuaire de Douaumont, les os de toutes ces « petites gens » ont tous la même couleur.

Publié dans Société

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Theutbald 21/05/2010 13:10


C'est drôle l'histoire du client qui arrive à la dernière minute, perso je l'appelle "Super Connard" en référénce au personnage de Omar&Fred, ça fait passer la tension avec humour.


Ronuick 22/05/2010 09:10



Un client m'a un jour dit en arrivant à -5 "il y a toujours un con qui arrive en dernière minute. Aujourd'hui c'est moi !". Lucide... et sympa !