Client des villes, ou client des Champs ?

Publié le par Ronuick


 

On pourrait en faire une fable contemporaine, sans pour autant égaler le génie du Forestier, j'ai nommé Jean de La Fontaine (1621 - 1695), donc je n'essaierai pas de faire un remake de "Rat des villes et rat des champs".

 

 Cette déclaration liminaire effectuée, il est tout de même légitime de se poser la question suivante : y at-il encore une différence, à notre époque, entre les clients d'une grande agglomération et ceux d'une petite ville ou du monde rural ? (Grossièrement classés en "villes" et "champs", revoyons le contexte de la fable de la Fontaine).

J'ai eu la chance (oui, la chance) de travailler dans deux restaurants, l'un dans une grande ville (450 000 habitants) et l'autre dans une petite ville (10 000 habitants) qui a la particularité d'être frontalière.

Avant d'être affecté à cet établissement "rural", la franchise avait ouvert un restaurant dans une autre petite ville (on aurait même pu dire "ville moyenne") et les blagues gentillettes circulaient dans l'équipe. On racontait sous le manteau que les clients "là-bas" (avec tout ce qui est contenu comme moquerie dans ce "là-bas") prenait des "bacon" avec des "bières".

 Bien sûr, il faut imaginer la prononciation "Bâkon" et "Pière" avec l'accent alsacien "de la campagne". Pourquoi ces deux produits ? C'est rapport au lard typiquement campagnard (le "speck" alsacien) et la bonne boisson houblonnée si typique (et bue par hectolitres par les jeunes de la ville !)

 

 Il y aurait donc dans l'imaginaire de certains des différences de préférences culinaires entre les populations "urbaines" et "rurales". Le postulat mériterait d'être étudié, à notre époque où tout semble uniformisé. L'internet à haut-débit est disponible pratiquement partout, la télé diffuse les même pubs à tout le monde depuis des décennies, les mêmes marques sont présentes partout sur le territoire ou peu s'en faut (par exemple nos chères enseignes de fast-food).

 

 Mais la principale différence (car je ne pense pas que le "bacon" soit si représenté "à la campagne") réside dans le comportement des clients. Désolé de le dire comme çà, mais, généralement, les clients ruraux sont beaucoup plus agréables, moins stressés, moins stressants !

 On a, dans mon enseigne, l'obsession du "temps de service". Ben, à la campagne, il faut peut-être oublier un peu ce critère ! Bon, je dis pas qu'il faut prendre trois quart d'heures pour servir un client, mais ceux-ci sont beaucoup plus enclins à prendre un peu de temps, bref, à profiter.

Peut-être aussi a t-on plus de temps pour eux. Quel plaisir de discuter un peu avec eux, à échanger plus que les mots habituels et stéréotypés. C'est si rare dans un restau en ville, que l'on qualifie beaucoup plus souvent "d'usine".

 

 Et ça se voit quand on a un "citadin" qui s'égare à la campagne. Un jour, une dame est venue au drive me commander six portions de fruits à croquer. Or, c'était la consommation quasi hebdomadaire du restaurant ! Alors, je lui demande gentiment "Vous êtes de Strasbourg ?"

Elle me regarde avec des grands yeux, étonnée, et même ravie. "Oui, comment vous le savez ?"

"Ben, vous savez madame, ici, les gens achètent les pommes au supermarché qui est derrière vous ou alors ils ont souvent un verger".

 

 Passée cette anecdote, il faut avouer que les clients les plus stressants sont bien les citadins. On reconnait ceux qui arrivent dans un resto rural avec leurs références : tout doit aller vite, et ils regardent avec un certain dédain les "bouseux" du coin, l'employée qui prend du temps pour répondre à un petit enfant, celle qui discute avec une connaissance.

Ah, un détail : souvent les employés de ces restaurants, contrairement à ceux de la ville, ne sont pas des étudiants. Ils restent donc longtemps. Souvent sans qualification aucune, ils travaillent là plusieurs années, sans forcément évoluer dans la hiérarchie. Les rares étudiants travaillent souvent là quand ils sont lycées puis "vont vers la grande ville".

 

J'ai déjà eu à expliquer à certains clients, de manière diplomatique, que les "standards" de la ville ne sont pas forcément réplicables partout. En tant que responsable d'un centre de profit, je devais faire en sorte de répondre à la demande de la clientèle. Et la demande majoritaire était de "pouvoir manger comme tout le monde" des hamburger, mais dans un cadre plus convivial. 

 

Imaginez donc qu'on a du expliquer à notre patron qu'ici  il fallait mieux acheter le calendrier des pompiers. "Mais quoi, on les paye déjà !". Oui, mais là, dans une petite ville, c'est différent tout le monde connaît les pompiers, les pompiers connaissent tout le monde. Allez voir les conséquences du : "le fast-food amerloque n'a pas voulu m'acheter de calendrier, ils sont un peu radins"...

Il faut vraiment revoir les fondamentaux, "changer de paradigme". La clientèle citadine n'est décidément pas la même qu'en milieu rural.

 Et puis il y a les distances. Beaucoup de gens viennent des villages. Alors quand il neige... Un jour, le siège m'a appelé en me demandant pourquoi j'avais fait -50 % par rapport a même jour de l'année d'avant. "Ben, il a neigé".

Eh oui. Neige = routes encombrées. Même si les services de l'Equipement travaillent d'arrache pied, on va pas sortir sa voiture pour se prendre un sandwich !

 

 Et puis il y a les partenariats "loufoques". On avait proposé à la maternité voisine de donner au jeune papa un bon pour un dessert gratuit chez nous. Plus un pour la dame qui venait d'accoucher. Avec "interdiction" pour lui de le manger en douce ! C'était plutôt bien accepté.

Revenu "à la ville", je regrettai parfois ma clientèle "rurale", surtout si des "wech-wech" se mêlaient à la clientèle. Alors là, c'était autre chose !

Qu'est ce qu'un "wech" ? Quand j'ai commencé, il y  a plus de 10 ans, on les appelait "zyva". Ce sont des types, souvent jeunes, qui ne savent pas vraiment parler sans être agressifs. Et s'il y en a des sympas, ils parlent quand même d'un ton qu'on juge, avec nos repères "habituels", agressif. Exemple : "Euh, steuplait, tu me mets le burger, là ?"

 

Mais il y en a franchement des lourds... Mais ça aussi, ca commence à s'uniformiser, malheureusement. L'autre jour, de visite dans cette petite ville, j'en voyais arpenter la rue, en tapant dans les déchets jonchant le trottoir, crachant à qui mieux mieux sur le sol, reluquant les filles en proférant quelques compliments bien sentis (oh, t'a un beau cul, toi !). La civilisation en marche, quoi !

 

 

 

 

 

 

 


NB : On se moque, on se moque, mais

le mot "bacon" que l'on croit si anglais (ah, le fameux "Bacon and eggs"so british ) vient de l'anciens français et désignait le jambon. La pronciation exacte serait donc :  [bakɔ̃] ! Arrêtons de nous moquer !

 

Publié dans Société

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Extincteur 18/06/2010 22:40



Salut


Je connaissait pas l'expression "wech-wech"


"Zyva" oui (rien à voir avec la sympathique agente de NCIS) et je l'utilise toujours !!!!


J'en dis pas plus sur ces "charmants" garçons, mes propos risqueraient d'être mal interprétés !!!



Ronuick 20/06/2010 19:17



No comment également... Si on critique les "zyva" on est taxé de racistes, alors qu'on a jamais dit que les zyva étaient d'un groupe ethnique particulier !