Après les panneaux Michelin, un autre balisage !

Publié le par Ronuick

 

Il fut un temps (je vais pas dire 'de mon temps" ce serait trahir mon âge...) où l'Homme, pour se repérer dans l'espace, avait pris soin de se créer des... points de repère.

 Vous n'avez qu'à scruter une carte IGN (les anciennes cartes "d'Etat-Major" car c'est bien connu, la géographie ca sert à faire la guerre dixit Yves Lacoste) au 1/25 000ème pour vous en convaincre. Si vous êtes scotché à votre ordinateur, allez faire un tour sur le "géoportail"...

 Que voit-on dans la toponymie ? Des lieux évocateurs, comme : la Planche des Belles Filles, la Combe Noire, la Chatte Pendue, le chêne des pendus (on aimait bien pendre autrefois), le Ravin de la Dame, Chez Fernand...

Les possibilités sont quasi-infinies et à traduire parfois dans toutes les langues régionales. Et c'était bien pratique ! Quand un voyageur arrivait dans une région inconnue, il demandait son chemin à un autochtone.

"Dites moi l'ami, je cherche la ferme de M. Untel !

- Oh, m. Untel ! Celui qui a épousé la sœur du cousin par alliance de mon grand-oncle Alphonse ?

-Euh, peut-être... Alors où c'est que c'est ?

-Oh facile... Alors vous prenez tout droit jusqu'au centre du village. Devant l'Eglise, vous tournez à gauche. Puis vous continuez jusqu'au chêne isolé puis vous prenez le chemin de terre vers le Bois d'en Haut puis vous y êtes.



 Ça parait facile ? A préciser que tout un chacun connaissait alors l'aspect d'un chêne... Aujourd'hui, c'est tout juste si on arrive à distinguer un résineux d'un feuillu... je rigole.



 Mais tout ca nécessitait tout de même de pouvoir discuter avec un autochtone. ce qui, à l'ère de l'automobile, est plus problématique. Puisque vous êtes dans votre bulle et que vous allez vite (et on peut pas s'arrêter à tous les coins de rue pour demander son chemin) et que les autochtones eux-mêmes ne se baladent plus à pied. Eh oui, ils ont des voitures, les indigènes ! En disant cela, notez bien qu'on est toujours l'indigène pour le touriste, comme on est le touriste pour l'indigène !

 On a donc commencé à implanter des panneaux indicateurs. Les premiers étaient, grosso modo, fournis à 50% par Michelin et étaient en pierre et émail. L'autre moitié ? Don de Citroën.

 

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Source : Wikipedia

 

Ensuite, la puissance publique s'en est mêlée et toutes nos routes sont bien balisées.

Mais on a fait mieux ! Car on a toujours besoin de points de repères "parlant".

J'étais jusqu'à hier en vacances dans le Haut-Doubs. Sa capitale est Pontarlier, bien connue pour ses distilleries d'anis et d'absinthe...

Or, j'y ai croisé un panneau vantant un magasin quelconque avec le chemin pour s'y rendre. Il était indiqué "au rond point McDo à droite".

 Or, le dit rond-point est tout à fait repérable autrement. En effet, sans aller à le décrire comme étant le rond point "vexillologiste" (c'est à dire plein de drapeaux flottant fièrement dans le vent), on peut dire "le rond point fleuri vers Besançon". Car c'est vrai qu'il est fleuri !

En d'autres lieux, on aurait pu dire « le rond point avec la sculpture en forme de barque (en Bretagne) », ou avec la pipe (pour St Claude, connue pour être un centre de taille de pipes, arrêtez les grivoiseries) ou avec un horloge (à Morez, Jura)...

Non, on choisit comme point de repère ce que tout le monde connait : un fast-food. Qui ne jouxte même pas le rond point puisqu'il est décalé par rapport à celui-ci d'une bonne centaine de mètres. L'établissement qui jouxte le giratoire est un restaurant chinois, fort justement dénommé "Chinatown" (les autres noms comme "palais de Chine", "La Grande Muraille", le "Pékinois" étant pris certainement, obligeant à piocher dans l'anglais).

Le restau asiatique est en plus facilement repérable, puisqu'il arbore fièrement un totem amérindien (probablement échappé du Buffalo Bill voisin). Je ne vois pas trop le rapport entre la Chine et le totem, soit dit en passant, même si les Amérindiens sont d'anciens Asiatiques. 



Bref, alors pourquoi ne pas dire "Au rond point Chinatown, prendre à droite ?" Parce que McDo est devenu si connu dans le monde entier, si présent dans nos mémoires que ses établissements prennent le relais de nos amers immémoriaux. Plus de "Rocher du Diable", de "tête de Vierge", de "Chêne des pendus" ou de plus prosaïque "N57 Direction Lausanne - Suisse", mais "au Mcdo prenez à droite".

 Après Michelin et Citroën, McDo balise désormais nos esprits et les routes françaises. Que de chemin parcouru en trente ans ! Tout ca parce que nous allons bien plus souvent au fast-food qu'au restaurant traditionnel, fut-il chinois décoré d'un totem amérindien !

 

Publié dans Société

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Céline 16/07/2010 17:00



MacDO est devenu une institution, tout comme la mairie ou l'église !


Parce que tout le monde s'y retrouve. Les riche, les pauvres, les vieux, les enfants, les ados, les divorcés, les mariés, les parents, frères, soeurs et j'en passe, les blancs,
les noirs, les arabes, les gitans, les chinois, ceux qui mangent de tout, ceuxi qui chipotent, ceux qui mangent hallal et même ceux qui mangent végétarien (me demande même si le bigmac casher
n'existe pas !)


Tout ces gens là savent où trouver MacDo, même les étourdis ou les fous du volant qui ne lèvent jamais le nez sur une enseigne de restau chinois !


Franchement MacDo devrait être nationalisé !


Ahah ! Tu pensais pas que ton job avait une telle notoriété Ronuick ! Quand est-ce que tu demandes à ton patron des privilèges de fonctionnaires ?



Ronuick 18/07/2010 21:38



Je vais demander... Qui ne demande rien n'a rien... Je risque même pas une baisse de ma fiche de paie !